Affichage des articles dont le libellé est critique. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est critique. Afficher tous les articles

dimanche 21 août 2016

La Critique Dessinée - SUICIDE SQUAD





Si comme moi vous avez écumé un peu Youtube, peut-être êtes-vous un jour tombé sur cette vidéo où un petit rigolo s'est amusé à remonter le film d'horreur Shining de Kubrick en une bande-annonce de comédie romantique. Le résultat est bluffant et je vous invite à la regarder.



Le rapport avec la critique de Suicide Squad? Eh bien c’est l’impression que me donne ce film. J’ai l’impression de voir un film remonté à partir d’éléments disparates d’un autre film à l’atmosphère bien différente à l'origine.

Les bande-annonces de Suicide Squad elle-même sont édifiantes sur le virage en épingle à cheveu du marketing. Le premier teaser auquel nous avons eu droit en 2015 présentait un film entrecoupé de fondus au noir tandis que le trailer de 2016 était celui d'un tout autre film, zébré de couleurs néons et rythmé sur le tempo de Bohemian Rhapsody.

Tout ça c’est très bien, mais alors autant rafistoler une bande-annonce ça passe tout seul, autant sur la durée d’un long-métrage les rustines et les morceaux de scotch commencent à se voir. Rythme saccadé, découpage incohérent et scènes visiblement rajoutées plus tard comme en témoignent l’existence de reshoots pour des raisons nébuleuses (mais selon la rumour pour rajouter des one-liners pourris)...pendant tout le visionnage on a cette impression tenace que quelque chose ne colle pas. Et c’est pour cela que beaucoup de choses qui ne vont pas dans ce film seront souvent attribuables à ce que j’imagine être la frilosité des distributeurs soucieux de fournir un film qui colle le plus possible à ce qu’ils supposent être les goûts de la plèbe et qui puisse rameuter toute la famille. Le résultat final semble ressembler  à un monstre de foire, comme si les studios avaient décidé de mutiler leur film en lui faisant arborer un grand sourire forcé.





Désespéré face au rouleau compresseur Marvel qui nous a déjà prévu sa liste jusqu’en l’an 3046 (en gros, lorsque l’apocalypse nucléaire aura détruit toute vie humaine, il ne restera que des cafards rampants sur les affiches de ANTMAN 79), DC Comics veut désespérement démarrer son “univers étendu”, si seulement les gens voulaient être plus gentils avec leurs films. Etant donné que la mayonnaise Nolanesque “du gris, de la sueur et du sériousse-bizness” ne semble pas prendre par rapport au milkshake foufou saupoudré de smarties de l’univers Marvel, les producteurs semblent s’être donnés le mot:  





Suicide Squad était le film de l’année que j’attendais depuis que la Warner m’avait proposé le pitch d'une équipe de sociopathes parmi lesquels on pourrait compter Harley Quinn et, en bonus, un Joker dans le fond. J’étais haïpé comme c’est pas possible. Et c’est tellement triste de se réveiller un matin en se disant: “Ah, ben le film que j’attendais depuis des mois, je l’ai vu hier. Pendant 2 secondes j’avais oublié, tiens. Merde, les souvenirs commencent à remonter, je veux pas affronter ça seul sans caleçon ni caféïne”.


Mais avant de commencer la critique, de quoi parle Suicide Squad en un paragraphe? Et bien c’est l’idée d’une bonne femme, Amanda Warren, qui suggère que depuis la mort de SuperSpoiler, il serait temps que le gouvernement s’équipe d’une armée de méta-humains, quand bien même ces derniers seraient des serial killers ou des cinglés bons pour Arkham. Le powerpoint est classe, mais l’idée marche moins bien quand tu te rends comptes qu’à part un pyrokinésithérapeute (c’est comme ça qu’on dit?) et une bête mi-homme mi-alligator, l’équipe proposée pour contrer une menace dépassant toute technologique ou compréhension humaine comporte un mec qui vise bien (ouais mais genre très bien,hein), un mec avec des boomerangs, un mec doué en varappe, et une chtarbée avec une batte de baseball. Alors oui, y’a aussi l’Enchanteresse, une archéologue top-modèle possédée par une chamane aux innénarables pouvoirs, mais étant donnée que SPOILERS elle devient la méchante du film, le problème a été créé à cause de la mise en place de ce projet à la con, donc je voudrais qu’on m’explique comment Amanda Warren ne se retrouve pas à pôle emploi à la fin du film.

Pour un film qui met l’accent sur ses personnages, Suicide Squad les gère au final très mal. Comment voir les membres comme une équipe soudée quand le film à la base ne les traite clairement pas équitablement? Si l’affiche représentait le film, on aurait une grosse tête de Will Smith au centre, les fesses d’Harley Quinn juste derrière et les autres personnages qu’ont devineraient à peine dans le fond. Si Deadshot (Smith) est un personnage attachant dans le film, cela tient sans doute au fait qu’il s’agit du seul personnage auquel le film s’intéresse assez longtemps pour qu'on puisse cerner son passé, ses motivations et assister à son développement. Malheureusement ces derniers, pas franchement originaux, sont rendus encore plus clichés par l’acteur qui les incarne (tiens, Will Smith jouant un père prêt à tout pour le bien-être de son enfant?!! Du jamais vu!). Et c’est aussi ce qui rend son personnage de “méchant” tellement peu crédible: il ne serait pas capable de tuer une mouche sans que le film t’explique que la mouche en question avait menacé ses parents.

Dernière chose par rapport à Deadshot, son constume : il est très lorsqu’il a ce petit viseur rouge sur l’oeil, mais quand il met sa cagoule blanche avec des coutures, j’ai l’impression qu’il a un slip sur la tête.

Vous trouvez pas ?


Et Harley?



Bon en toute honnêteté, Margot Robbie livre une bonne performance, toujours sur le fil du rasoir entre la joie de vivre et une fragilité intérieure qu’on ne voit qu’à de trop rares moment (notamment cette scène qui m’a plu, où elle semble déprimée après une tragédie personnelle avant de reprendre son sourire et sa pose aguicheuse habituelle sitôt qu’elle voit ses compagnons arriver. Folie pure ou simple masque social?). Mais honnêtement, si tout le monde attendait Harley Quinn en chair et en boobs, qui n’était jusque là que cantonnée aux cosplayeuses du festival des Comiconnes, c’est pour sa relation avec le Joker, la plus nocive de toute la culture populaire.

Et je me demandais franchement comment ils allaient traiter cette relation parce que c’est assez casse-geule. Si Harley est raide dingue du Joker, ses sentiments ne sont pas vraiment réciproques, puisque le clown ne fait que la manipuler pour ses desseins et la rejette dès que son joujou ne le fait plus marrer. Et Harley revient toujours, en bonne victime : la fille se fait gifler mais continue d’afficher un sourire de poupée. Comment allaient-ils réussirent à faire passer ça?

Tout simplement en l’ignorant. Le film nous expédie le début de leur relation dans un flashback de 5 minutes, et le Joker semble vraiment amoureux d'elle au point de passer le film à essayer de la secourir en bon chevalier aux dents en armure. Alors loin de moi l’idée de voir toute l’étendue de cette relation malsaine et abusive, tant mieux à la limite. Mais il semble pourtant qu’ayant retiré tout la misogynie liée à leur relation, les mecs ont décidé de quand même fournir une image dégradante de la femme du côté de son costume ras les chouquettes et le jeu de pompom girl en chaleur de Robbie.

Parmi les couples qui sont allés voir le film, je me suis demandé combien de filles se tournaient régulièrement pour constater une quelconque dilatation des pupilles de leur copain à chaque apparition du shorty d’Harley.

Je dis bonne chance aux futures cosplayeuses face à leur pneumonie.

Y’a eu pas mal de battage autour de la préparation intensive de Jared Leto pour le rôle du Joker, où l’on apprenait que les autres membres de l'équipe avaient rarement vu l’acteur en dehors du tournage du film, tant il restait reclu pour paufiner son interprétation. Ouais, ben je trouve que c’est pousser le method acting un peu trop loin, parce que moi aussi j’ai l’impression de l’avoir rarement vu dans le film.

Plus sérieusement, c’est sans doute encore une fois lié au passage à la guillotine lors du montage final. Mais le problème c’est que les bribes qui restent de sa présence à l’écran l’empêchent de vraiment créer un impact. Que peut-on donc juger du fonds de yaourts, du peu qu'on en a vu? Eh bien qu’il a au moins tenté un jeu différents de ses prédécesseurs, propose un rire intéressant (sorte de ricanement au ralenti) mais présente  peut-être un jeu un peu trop forcé, à base de mouvements de tête, de pauses un peu trop appuyées et d’yeux révulsés comme s’il venait de jouir devant sa propre performance.

Parmi les “gentils”, on a droit à Rick Flagg, personnage militaire aussi coupé au carré que son intrigue amoureuse, et Amanda Waller, qui est tellement génialement interprétée par Viola Davis qu’elle parvient à réussir l’exploit d’être le seul personnage qui mérite vraiment son titre d'“ordure humaine”, tant elle est bien plus vénéneuse et inquiétante que les autres branquignols qui composent cette équipe de psychopathétiques.

Je n’ai rien à redire sur le reste de l’équipe. En fait je n’ai rien à dire à la base, parce qu'ils font office de figurants, à tel point qu'ils possèdent différents grades d’insignifiance, que je me suis permis de vous présenter dans ce rapide tableau jaugeant pour chacun d’entre eux le degré d'intensité avec lequel le spectateur s'en bat les steaks.





Quant à la musique, là aussi on sent les directives des distributeurs prêts à dépenser des millions en droits d’auteurs rien que pour avoir une BO à la “Guardians of the Galaxy”. Les tubes rythmés s’enchaînent sur des scènes qui ne s’y prêtent pas vraiment, comme le ferait un amateur sur Movie Maker pour rendre son montage de vacances au Seychelles plus gangsta. 

Le pire dans tout ce bordel, c'est la frustration qui en résulte. Frustration dans les attentes du films, mais surtout frustration parce que je sens très bien que tous les reproches que je fais à ce film ne sont sûrement pas tous imputables aux acteurs ou à David Ayer. Au moins, avant,  quand un film était mauvais je savais que je pouvais diriger diriger mon venin vers au moins un nom sur l'affiche, mais aujourd'hui, mes critiques sont en grande partie adressées vers une entité vague, sans visage, vers ceux que j'imagine être des clones en costar-cravates ayant troqué des études de cinéma pour des études de marché.

Parce qu'on sait comment ça va se passer maintenant. A la sortie du DVD, on aura droit à une version plus longue et plus dark, plus proche de la vision d'origine du réalisateur.

Mes chers frères Warner, à la limite si vous voulez maintenant fonctionner comme ça, allons jusqu'au bout. Arrivé au guichet, face à la pléthore de choix de visionnage (2D, 3D, VO, VF, IMAX, popcorn sucré ou salé), proposez désormais le choix au spectateur entre la Director's Cut et la Version Aseptisée pour toute la famille.

Pour terminer sur un constat plus sérieux, je dirais que quoi que vous fassiez, réaliser un film relève toujours du pari. Et plus on mise gros, plus on veut limiter les risques, je comprends, mais à ce point-là ça revient à faire du saut à l'élastique le corps recouvert de rembourrage, avec un filet à la réception, le tout depuis l'altitude que procure un bord de trottoir. Ca n'a plus de gueule. En termes militaire, DC Comics a tenté de limiter les pertes en envoyant un drone lisse et froid bombarder le box-office, et moi j'ai envie de dire: où est la mission-suicide là-dedans?


P.S : On m’a dit qu’il serait plus clair de mettre une note finale à la fin de mes critiques de film...pour celui-là ce serait 2 étoiles sur 5. Pas mauvais en soi, mais tellement éloigné à la fois des attentes et de ce que j’imagine être le film d’origine tourné par le directeur que ça en devient franchement foutage de gueule.




mardi 16 juin 2015

La Critique Dessinée - JURASSIC WORLD


La priorité pour une suite, surtout lorsqu’elle débarque plusieurs années après le premier film, est de réactualiser le message de l’original, de le faire résonner d'un nouveau timbre adapté à un nouveau public – ou, dans le cas présent, à un public qui grandi depuis son premier visionnage.

Le thème principal du premier Jurassic Park, et le ressenti en est d'autant plus intense lorsqu’on a vu le film pendant sa tendre et impressionnable jeunesse, était l’émerveillement. Les personnages étaient constamment, même face à des prédateurs, profondément fascinés par le grandiose de ces forces de la nature. Du même coup c’était aussi le cas du public, dont les mirettes furent marquées à vie par ces effets spéciaux criant de vérité. Ces monstres sacrés âge marquèrent l’avènement d’une nouvelle ère pour les images de synthèse dans l’industrie cinématographique.

Aujourd’hui nous sommes en 2015. Nous avons été saturés, gavés jusqu’au trop-plein du numérique. On a les dents du fond (vert) qui baignent. L’émerveillement a fini par s’estomper pour laisser place à une lassitude presque coupable devant des effets spéciaux qu'on sait pourtant ultra-travaillés, mais que pouic, nos rétines ont depuis longtemps été anesthésiées pour nous faire tomber dans une torpeur dont les cinéastes doivent redoubler d'ingéniosité pour nous faire sortir.

C’est justement le propos de Jurassic World.

Quel meilleur sujet pour ce nouveau film que la fatigue du blockbuster ? En effet, le fameux parc tel que l'avait autrefois rêvé John Hammond est maintenant ouvert à l'humanité, mais aux rugissements de ces merveilles de la nature se répondent déjà les bâillements des visiteurs.

Propositions rejetées de nouveaux noms pour le parc.

Dans ce monde, l’ex-exctinction des sauriens est une réalité depuis vingt ans, et il est sincèrement lucide de penser que si c’était aussi le cas dans notre monde le soufflé de l’enthousiasme serait vite retombé. Du coup, les organisateurs du parc ( comprenez, les producteurs, le monde du cinéma ) doivent investir dans la création d’une nouvelle monstruosité très attendue (le blockbuster), croisement de toutes les espèces favorites du public (=qui combine tous les éléments préférés de l'ancien film pour les fans ) qui sera plus grosse, monstreuse, puissante, terrifiante pour ameuter les foules. Mais très vite l'Indominus Rex, car c'est son nom, s’échappe et sème la panique sur une île surpeuplée de touristes, et on se rend vite compte qu'il est au final contre-nature (et très contre-productif)  de vouloir aller toujours plus loin…

Bref, vous l’aurez compris, c’est un blockbuster qui critique les blockbusters, un genre dont les fondateurs et maintenant détracteurs Messieurs George Lucas et évidemment Steven Spielberg, prédisent toujours l'explosion de la « bulle spéculative » pour ces mastodontes que sont les films à gros budget.

Très sincèrement je ne pense pas qu’on pouvait trouver de propos plus pertinent que celui-ci pour un nouvel opus de la saga Jurassic Park. C’était assurément le message qui devait s’adresser au monde d’aujourd’hui, et la métaphore filée relevait du génie.

Et c’en est d’autant plus désespérant.

A peine sorti de sa coquille, mon intérêt pour Jurassic World a été tué dans l’œuf lorsque j’ai vu ce qu’ils nous avaient pondu. Car ce film qui propose une méta-réflexion tellement intéressante de sa propre condition tombe complètement dans les travers du genre qu’il dénonce. On a droit à clichés vieux de  65 millions d'années,les dialogues sont téléphonés, les personnages creux et qui s'enfoncent tellement dans la mouise avec leurs décisions débiles qu'on en arrive à ne plus s'inquiéter de leur survie, les rebondissements sont tellement lourds qu’on les entend venir à dix kilomètres - de quoi faire trembler la surface de l'eau d'un verre.

C’est plutôt bas de gamme pour tout ce qui touche à l’écriture. Pour déterrer le superbe fossile de la double lecture il faudra malheureusement creuser à travers plusieurs strates de bullshit.

Et si le film entier était une référence à cette scène du premier film ?
Et je n’arrive toujours pas à comprendre pourquoi. Est-ce du second, troisième degré ? Quelque chose m’échappe profondément. Pourquoi dénoncer le genre si c'est pour rester complètement dans ses codes usés jusqu'à la moëlle ?

Pour donner un exemple symptomatique de ce problème : un personnage soulève le ridicule du port de talons aiguilles du protagoniste féminin en pleine jungle. On sourit face à cette remarque pleine de bon sens. Mais malgré cela le personnage gardera ses talons hauts PENDANT TOUT LE FILM et arrivera même à distancer un T-Rex avec ses escarpins. Pourquoi ?!

A un autre moment, un personnage s’amuse de la dépendance du parc par rapport à ses sponsors, en suggérant qu'à ce stade les multinationales pourront bientôt nommer à leur guise les prochains dinosaures, ce qui donnerait des noms comme le Pepsioaure, etc…Très bonne critique des entreprises en haut de la chaîne alimentaire qui envahissent l'industrie du cinéma. Mais alors je souhaite qu’on m’explique pourquoi le film regorge autant de placements de produits, qui sont franchement assez appuyés ( Mercedes, Coca-Cola, Pandora )? Auto-dérision? Je n'arrive pas à savoir si le Jurassic World est juste une énorme blague, mais si c'est le cas elle a toute la subtilité du brontosaure.

Petit commentaire sur les personnages principaux. Claire Dearing (interprétée par une Bryce Dallard Howard avec la coiffure de Chantal Goya) est la superviseuse en chef des attractions, et la rouquine tombe sous le cliché un peu sexiste de la femme qui délaisse ses «priorités» familiales pour le travail, ce que le film semble visiblement condamner, puisqu’il ne lui offre de rédemption qu’avec la romance (obligatoire et amenée comme un cheveu sur la soupe) avec le héros principal. L'ennui c'est que les éléments du film semblent démontrer que notre bosseuse zélée est franchement une quiche niveau boulot, donc niveau incompétence elle coche toute les cases. Heureusement son envie de procréer sera titillée à la fin du film pour un retour naturel dans l'ordre des choses, selon les voeux sa pimbêche de soeur qui n'arrête pas de lui reprocher son absence d'envie de fonder une famille - et qui soit dit en passant n'hésite pourtant pas à lui refourguer ses marmots.

On sait qu'un film a échoué lorsqu'on souhaite que les personnages se fassent bouffer.
Et que dire de ces derniers, clones ratés de Claire et Tim du film de 1993 ? J’étais un peu interloqué de voir le traitement du petit geek des dinosaures. Ce gosse doit après tout représenter pas mal d’entre nous, qui nous sommes intéressés aux reptiles d'antan grâce au film, et dont 80% de nos listes de père noël en jouets ou livres avaient un rapport avec les dinos ( peut-être que je parle seulement pour moi). Mais dans le film, le gamin se fait rembarrer à chacune de ses envies d’étaler sa science, et révèle un caractère assez pleurnichard. Je me suis senti légèrement insulté. Je ne parle même pas du grand frère, un ado renfermé, uniquement guidé par ses hormones et ses décisions stupides qui ne feront que les entraîner vers plus de danger. Difficile de croire que ces deux mioches sont censés faire resurgir la fibre maternelle de Claire quand on les voit plutôt comme une publicité ambulante en faveur de l'avortement.

Owen Grady ( j'imagine qu'il s'agit d'une référence à Richard Owen, l'un des premiers paléontologues de l'Histoire), joué par Chris Pratt, est le seul véritable personnage qui captive un tant soit peu. Bizarre, quand l’idée de l’homme qui murmurait à l’oreille (?) des raptors paraissait être la plus ridicule du lot dans les bande-annonce. Mais c’est facile de comprendre pourquoi on s’attache au personnage, au-delà du charisme sympatoche et naturel qui émane de l’acteur : dans toute cette galerie de branquignols, c’est le seul du casting un tant soit peu sensé de tout le film ! Seul hic, Owen ne subira aucun développement, étant juste parfait dès le début et ne disposant donc pas d'un arc narratif visible.

Au niveau esthétique, chacun ses goûts, mais je n’ai pas trop accroché à l’ambiance toute lisse et immaculée de l’ensemble, avec ses hologrammes Avataresques et surtout son ciel bleu bien dégagé, alors que les deux premiers films étaient surtout connus pour leurs ambiance nocturne sous une mousson battante qui à mon avis contribuaient à la tension dramatique.Quant aux effets spéciaux ils sont de bonne facture, mais rien de révolutionnaire non plus. On retombe donc justement dans le côté plutôt blasé de la surabondance du numérique critiquée par ce même film.

Les points positif du film ? Quand il ne perd pas son temps avec l'aspect humain, on a droit à beaucoup de scènes d'action palpitantes, bien rythmées et plutôt omniprésentes, car on sait depuis longtemps que le spectateur de blockbuster est une créature dont la vision est basée uniquement sur le mouvement.

Les passages que j’ai le plus aimés se résument surtout au généreux fan service du film. Les références directes au film de 1993 abondent, que ce soit en lieux, objets ou voire plans et mises en scène rendus iconiques. J’étais réellement heureux et avais pour le coup véritablement l’impression de revisiter le parc originel dans ses moments, ce que les deux films suivant avaient plutôt fait avec parcimonie. Mais cela reste un problème quand je me rend compte que je n’ai apprécié ce film que pour ce que je voyais dans le rétroviseur de ma nostalgie sans apprécier ce que Jurassic World me proposait par lui-même. Et il y a hommage et rebâchage. Plusieurs passages du scénario ont tout du moustique qui repompe tout simplement l’original pour servir ensuite à construire un film qui contient quelques séquences d'ADN du premier et dont on comble les trous comme on peut.

A sa décharge, on notera une certaine humilité dans ce film, car il ne prétend pas être supérieur à l'original, et cela est visible dans le grand vainqueur du combat final... De toute manière, il était prévu d'avance que Jurassic World ne ternirait pas l'aura de Jurassic Park, qui restera a jamais magnifié dans l’ambre dorée des nineties, tel l’ornement de la canne d'Hammond, notre tonton à tous.

Le film bat déjà plusieurs records (on parle d'une suite) mais très sincèrement, je pense qu’à cause de ces défauts le film ne pourra pas marquer de façon indélébile toute une génération. Il ressemble beaucoup trop à tout ce qui a déjà été fait et se fait encore en se moment. Et c'est tellement dommage quand on sent à quel point il a beaucoup de choses à dénoncer sur l'industrie du box office, mais qu'il hélas n'essaye même pas de proposer quelque chose de nouveau.

Je m'attends au pire.

P.S. Je terminerais avec un point non-essentiel mais qui me tenais à coeur : je fais partie de ces personnes qui auraient voulu enfin voir des dinosaures à plumes sur grand écran. Ca peut sembler secondaire, mais si j’y attache une importance, c’est parce que Jurassic World, tout comme ses prédécesseurs, va toucher un public énorme. Il est indéniable que Jurassic Park a ancré pour toujours une vision particulière des dinosaures dans l’imaginaire collectif. Et comme s’il était conscient de cette responsabilité, les créateurs du film avaient tenté de collecter tout ce que l’on savait des dinosaures à cette époque, pour offrir une vision certes pas 100% exacte mais en tout cas très proche de l'état des recherches au début des années 90. Le film avait même contribué à la naissance de nouvelles théories paléontologiques ! Maintenant, ajoutez une vingtaine d'années de recherche, et vous pouvez imaginer que l’on a récolté pas mal de données supplémentaires depuis, qui mettent un peu à mal l'image d’épinal du dinosaure à la peau écailleuse et nue, et parmi elles le fait que les sauropodes (alias les dinosaures bipèdes et souvent carnivores, vos préférés, désolé) étaient franchement bien fournis niveau rémiges. C'est une théorie scientifique admise par la quasi-totalité des paléontologues grâce aux fossiles découverts. On est en même à reconstituer les couleurs du plumages pour tout vous dire !


Alors bien sûr on va me rétorquer que des dinos à plumes, ça perdrait beaucoup en capital terreur, mais pour avoir vu des représentations sublimes de paléoartistes que je vous invite à voir ici, je me dis qu'ils auraient pu être à la fois majestueux et inquiétants - car rarement représentés ainsi dans les médias. 

Bon, si on veut aller vers l'exactitude, faut aussi savoir que le raptor mesurait 1,5 m et pesait 20 kilos...
Ce serait comme redécouvrir avec des yeux neufs les dinosaures, et c’est pourquoi il est presque anachronique aujourd’hui que ce film continue à véhiculer une image qu’on sait désormais obsolète,juste pour ne pas trop secouer le public habitué aux lézards tous lisses. C’est  un peu comme si la série Vikings s’amusait à foutre des casques à cornes à tous les protagonistes par peur de déstabiliser l'audimat. C’est donc pour moi une occasion véritablement manquée qui aurait pu non seulement donner une identité à Jurassic World dans la franchise en l'ancrant véritablement dans notre siècle. mais surtout cela aurait été fidèle à la volonté du film original.



lundi 25 mai 2015

La Critique Dessinée : MAD MAX FURY ROAD



J’ai découvert Mad Max il y a quatre ans après en avoir eu assez de voir revenir constamment des références à cette série de films dans tout ce que je lisais, regardais et jouais, et c’est comme ça qu’un beau jour je me suis réservé une soirée avec une coloc, où nous nous sommes ingurgité l’intégralité de la trilogie.

Nous en sommes sortis avec le même résumé : "un cinglé qui poursuit des fous furieux, des fous furieux qui poursuite un cinglé, le tout dans un monde complètement taré". Et c'était jouissif. 

L’univers du premier est plutôt urbain et racle l'asphalte, le second est désertique et avale la poussière du bitume. Le troisième par contre s'embourbe quelque peu dans le goudron pas encore sec.

( A sa décharge, ce dernier Mad Max Au Delà du Dôme du Tonnerre nous aura tout de même donné un tube de Tina Turner, We Don't Need Another Hero ).




Oui, mais...do we need another Mad Max ? C’est avec appréhension que j’ai attendu le quatrième film, surtout que la mode semble être aux reboots plus ou moins médiocres. Les super-héros n’arrêtent pas de redémarrer à zéro leur franchise toutes les deux minutes, et les producteurs semblent vouloir tirer les restes récalcitrants du dentifrice de la nostalgie en ranimant soit des joujous mécaniques comme Robocop ou Transformers, ou tout les reptiles des temps passés tels que Godzilla, les tortues Ninja et bientôt les dinosaures de mon enfance. 

Là où on pouvait se rassurer un peu c'était de savoir que George Miller, le génial géniteur de la série d'origine, était aux commandes, fort de son expérience sur d’autres films d’action tout aussi violents comme que Babe et Happy Feet ( je déconne pas ! ) et revenant trente ans après sur le titre qui avait fait offert sa renommée mondiale au cinéma australien.

Et quel plaisir de voir que Mad Max : Fury Road, attendu au tournant, réussit un dérapage parfaitement contrôlé, et gagne sur tous les points nécessaires pour un divertissement de qualité en même temps qu'il perd tous ses points sur son permis de conduire.

L'atmosphère est aussi brûlante qu'un capot en surchauffe ou les sièges en cuir d'une vieille berline laissée au soleil. Ça vrombit et pétarade dans les tympans, ça pue le gazole et le vieux pot d'échappement. On est dans le paradoxe du plaisir que procure l'excès de vitesse avec des bagnoles polluantes dans un enfer aride qu'on sait justement causé par la connerie humaine et son amour décomplexé du vroum-vroum.




Le scénario tient sur une serviette en papier pliée en quatre : sur une terre désolée post-apocalyptique, Max, éternel errant de la route, se fait enlever par les mercenaires d’Immonen Joe, tyran hideux de la Citadelle, qui maintient la population sous son joug en ayant de contrôle de la distribution d'eau. Les choses lui échappent lorsqu’il se rend compte qu’une de ses meilleures convoyeuses, Furiosa, a décidé de le trahir en fuyant son autocratie et surtout en embarquant cinq de ses « épouses » qu’il retenait enfermées comme des poules pondeuses. Le reste est une énorme course-poursuite à toutes berzingues,dans laquelle Mad Max est embarqué et file un coup de main à Furiosa pour arriver à destination... 

Cela aurait pu être un Fast and Furious en un peu plus orangé, mais que nenni: ce long-métrage se différencie des autres films d'action à gros budget sur deux points 

1) une préférence pour les prise de vue et cascades réelles qui vous font mordre le dossier du fauteuil devant vous à chaque cabriole et explosion, une immersion qu'on n'avait plus ressentie depuis que l'abus des images de synthèse nous faisait plutôt ronger notre frein pendant toute la séance.

2) les trouvailles visuelles et la créativité qui émane de cet univers à la mythologie déjà riche et constamment creusée à chaque nouvel opus. C'est comme si le réalisateur  avait consigné sur un petit carnet tous ses délires pendant les trois décennies d'enfer de développement du projet.

Non, disons sur plusieurs carnets.

George Miller ne réinvente pas réellement le film d’action, il revient simplement aux bases de tout ce qui marchait bien auparavant.

Et il réussit à faire de gicler une saturation de testostérone à chaque plan. C'est simple, c'est un monstrueux patchwork d'à peu près tous les fantasmes masculins, une orgie d'automobiles surtunées, des mobylettes hypracustomisées, des machines de guerres hérissées de mohawks.... Pour vous offrir la paire de cojones sur le gâteau, nous avons droit à un monster truck chargé d'enceintes avec un métalleux frénétique qui joue un riff infernal sur une guitare électrique crachant des flammes.

Mais, et c'est là encore un paradoxe, pas mal d’œstrogène s'en dégage également, car les personnages centraux sont bel et bien  Furiosa et les cinq épouses du gros bad guy. Max et un jeune Warboy (joué par Nicholas Hoult ) sont également des protagonistes mais ont en réalité plutôt un rôle d’adjuvants, ne faisant qu’accompagner les damoiselles pas du tout en détresse. Leur quête est le véritable moteur de l'histoire.

Charlize Theron, égérie glamour de Dior, se pare d'un look "cambouis-chic" pour incarner l’Imperator Furiosa, un personnage fichtrement hypnotisant, défini par sa détermination et sa volonté de garder le cap et de foncer droit devant elle quoi qu'il arrive ( une lubie partagée par son personnage dans Prometheus, qui la conduit à la mort d’ailleurs…)

Souvenons-nous.

En véritable "badasse", elle offre un magistral bras (mécanique) d’honneur aux machistes de tous poils qui peuplent cette société future. Les autres personnages féminins ne sont pas en reste, avec un quintette de top-models qui n'auraient servi qu'à remplir le quota-nichon obligatoire dans d'autres bollock-busters moins avisés. Chacune ont leur caractère et personnalité bien trempés et arrivent à tenir tête à l'armée exclusivement masculine qui les talonne.

Qu'en est-il alors du héros éponyme ? Mel Gibson, blouson de cuir et nuque longue au vent était après tout LE Mad Max définitif. C'est peut-être sur ce point que le film a du mal à justifier son titre, ce qui peut être un problème. Tom Hardy ne semble pas vouloir nous donner une réinterprétation du légendaire road warrior et  se cantonne à  rester dans la même lignée du loup solitaire peu loquace - à peine a-t-il quelques lignes de dialogues de plus que Ryan Gosling dans Drive. Il est même plutôt fantomatique, cette suite/reboot décidant de ne pas offrir d'introduction et de contexte à son personnage, laissant le soin au public d'imaginer quelles atrocités il a dû subir pour en arriver à son déséquilibre psychologique, éponyme lui aussi.

Il y a une caractérisation du personnage assez similaire au traitement qui a été de James Bond avec Daniel Craig, c’est-à-dire un personnage d’action bien buriné qui, malgré sa carrure impressionnante et la carapace derrière laquelle il se renferme, donne tout de même un sentiment de fragilité réaliste avec les nombreuses blessures et coups durs qu'il encaisse. Tout comme ce même James Bond, il subira également plusieurs humiliations physiques, la plus mémorable étant la scène où il est harnaché sur le devant d’un véhicule tel un ornement de capot vivant. 

A croire que depuis Bane, Tom Hardy aime avoir du métal sur la gueule.

Beaucoup d’agités du phallus, avant même la sortie du film et surtout depuis, ont crié au pamphlet féministe (c’est d’ailleurs cet argument qui m’a poussé à aller le voir). Mon verdict tient en deux mots : "oui, mais".

Il s’agit PAS du féminisme tel que les têtus s'obstinent à l’imaginer ( en chiennes de garde castratrices). Non, nous parlons de la véritable notion du féminisme, qui recherche l'égalité entre les sexes, qui démontre la façon dont notre société peut encore être engoncée dans son patriarcat et considérer les femmes comme des objets. Le féminisme souhaite une coopération, pas un renversement des positions de domination. Cela est limpide dans le film et fonctionne par symboles : Immonen Joe et ses sbires représentent à peu près tout ce qu’il y a de pire chez le mâle et traitent les femmes comme du bétail, mais le modèle masculin proposé par Max est l’alternative possible, un homme qui a gardé ses chromosomes X et Y, mais qui ne recherche pas le pouvoir et voit ces femmes comme des égales. 

C'est pour moi la raison qui fait que, malgré un scénario bien mince, le film vous hante longtemps après son visionnage : pas seulement pour ses séquences d’actions, mais pour les métaphores puissantes qui s'en dégagent.

Je retourne bientôt voir cette rugissante symphonie de grosses caisses, et je vous conseille de faire de même.

Pour ceux qui l'ont vu, qu'en avez-vous pensé ? N'hésitez pas à laisser des commentaires !